01/6/25

La vie d’factrie (1962)

Prologue

Le cotton flotte en boules blanches
Et vient se coller aux cheveux
Dans le temps humide et frileux
Une forte odeur d’huile rance

Fidèles aux jours qui vont et passent
Comme hier aujourd’hui repasse
De l’usine à la messe basse
La grande maigre et la courte grasse

Elles sont habillées de noir
De la boîte à lunch au chapeau
Le bas de leur trop long manteau
Remue le sable des trottoirs

Les saisons passent sans changer
La grande marche un peu devant
L’hiver pour protéger du vent
Pour faire un peu d’ombre l’été

Elles s’en vont, elles reviennent
Deux ombres noirs sur fond gris
Me font image de leur vie
Que diraient-elles de la mienne?

Chanson

Je suis venue au monde seule comme tout le monde
C′est seule que je continue ma vie
À Dieu le père, je pourrais répondre
C'est jamais moi qui ai fait le bruit

Pour imaginer mon allure
Pensez à novembre sous la pluie
Et pour l′ensemble de ma tournure
Au plus long des longs ormes gris

Comme on dit dans la fleur de l'âge
Je suis rentrée à factrie de coton
Vu que les machines font trop de tapage
Je suis pas causeuse de profession

La seule chose que je peux vous apprendre
C'est d′enfiler le bas de coton
Sur un séchoir en forme de jambe
En partant de la cuisse au talon

Si je pouvais mettre boute à boute
Le chemin de la factrie à maison
Je serais rendue, il y a pas de doute
Faiseuse de bébelles au Japon

Pourtant, à cause de mes heures
Je peux pas vous décrire mon parcours
Je vois rarement les choses en couleurs
Vu qu′il fait noir aller-retour

Quand la sirène crie délivrance
C'est le cas d′le dire, je suis au coton
Mais c'est comme dans ma petite enfance
La cloche pour la récréation

Y a plus qu′une chose que je désire
C'est de rentrer vite à la maison
Maintenant, j′ai plus rien à vous dire
Je suis pas un sujet à chanson

Text: Clémence DesRochers

From: MusixMatch

Suggested Sources: